Le vapeur Savoie

Le vapeur Savoie (1914) dotés d’ornements de proue et de poupe tout à fait particuliers pour le Léman

Depuis son lancement en 1914 et jusqu’à la fin de la saison 2010, le vapeur Savoie a accompli 1'916'920 kilomètres au cours de 91 saisons et 11'693 jours de navigation.

La particularité de cette construction Sulzer Frères, dessinée par l’architecte naval Gunnar Hammershaimb et équipée de la classique machine à vapeur développée sous la responsabilité de l’ingénieur Friedrich Schübeler, est d’être la seconde livraison d’une paire de bateaux de mêmes spécifications.

Il s’agissait pour la CGN, après le lancement de son vapeur-amiral La Suisse II en 1910, d’obtenir des conditions avantageuses pour la fourniture d’une paire de bateaux de dimensions plus modestes appelés à répondre à une demande en forte croissance mais brutalement interrompue lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale. Ainsi furent inaugurés les vapeurs Valais en date du 18 septembre 1913 puis Savoie le 23 mai 1914.
Si les deux bâtiments construits successivement et à moins d’une année d’intervalle présentaient un aspect extérieur pratiquement identique, ils différaient notablement par leurs ornements de proue et de poupe ainsi que par une décoration habilement différenciée des salons de 1re classe mais composée à partir des mêmes essences.

Au sujet de l’ornementation extérieure, le premier a été pourvu de sculptures en bois doré comme cela était pratiqué jusqu’alors et le second doté, pour une première et unique occasion sur le Léman selon la mode initiée sur les bateaux d’outre-Sarine, de décorations en fer forgé et métal repoussé. Au couronnement de chaque navire figuraient son nom de baptême encadré par une paire d’écussons aux armes du Canton du Valais pour le premier et frappés de la Croix de Savoie pour le second.

Si l’on se souvient encore que le vapeur Valais a terminé tristement sa carrière comme restaurant flottant ancré à demeure en rade de Genève après avoir été retiré prématurément du service à fin 1961 après seulement 49 saisons, il faut relever que cette construction particulièrement réussie (économique mais rapide et fiable en toutes occasions) a accompli un parcours record de 1'307'929 kilomètres en 6'857 jours de navigation (soit, à titre de comparaison, presque le double de la distance parcourue par le grand vapeur Simplon III au moment du remplacement de ses chaudières).
Fort heureusement, son jumeau a finalement été remis en service après une modernisation assez radicale entreprise alors que son sort était incertain (le bateau a été arrêté dès fin 1962 et jusqu’à début 1967) mais en conservant sa machine à vapeur d’origine, pour la plus grande joie des riverains.

 

La CGN a conduit une reconstruction partielle du vapeur Savoie entre 2003 et 2006, rendue nécessaire pour cause d’obsolescence de ses équipements. Le bateau a retrouvé sa silhouette élancée et très dynamique.
A cette occasion, les ornements originaux disparus après 1939 ont été reconstitués à l’identique par Gabriel Schenkel, un artisan lucernois, selon les plans dressés par le sculpteur de marine Emmanuel Bourgeau, mandaté par l’Association Patrimoine du Léman (APL) pour établir ce projet à partir des photographies anciennes de ses collections.

 

Didier Zuchuat, expert indépendant
Nicolas Dupasquier, architecte HES
Sylvain Prévost, ensemblier-décorateur