Les vestiges peints

Les premier décors disparus

Choeur et chapelle sud, fragments et vestiges de décor peints

Les fouilles archéologiques des parties orientales de l’église ont permis de mettre au jour, dans les remblais, des centaines de petits fragments de décors peints et, sur les parois, des blocs de calcaire, recouverts de badigeons polychromes, réutilisés lors de la transformation de l’église du XIVe siècle comme simple matériau de construction.
Quelques-uns de ces derniers ont été déposés puis conservés dans l’abri de la Protection des biens culturels du canton de Vaud, avec les autres fragments récoltés dans le sol.
L’ensemble n’a pour l’heure pas fait l’objet d’une étude approfondie. Même si les analyses restent à faire, quelques remarques peuvent d’ores et déjà être esquissées.

Les blocs utilisés en remplois

Dans les fondations de la chapelle sud, un moellon recouvert d’un décor montrant des nuances ocre avec des rehauts noirs formant d’épais traits curvilignes pourrait évoquer un fragment de draperie ou de vêtements.
Un décor d’inspiration semblable recouvre un autre élément découvert dans le soubassement du choeur.
Au même endroit, dans le chevet, d’autres éléments présentaient des palettes de couleurs assez riches (nuances d’ocre allant du jaune au brun en passant par le vermillon et le rouge, un bleu azurite et des rehauts noirs).

Les peintures de ces blocs, qui devaient faire partie des parois romanes, antérieures au choeur actuel, et non des voûtes, rappellent des motifs de draperie, voire éventuellement des figures.

Les fragments enduits avec badigeon

Ce sont à peu près les mêmes nuances de couleurs que l’on retrouve sur la quantité de fragments d’enduits polychromes mis au jour et récoltés pendant
les fouilles du choeur et de la chapelle sud.
De grandeurs très différentes, ils ornent divers types de supports.
Certains sont de forme incurvée, attestant une situation originelle sur des voûtes ou des arcs.

En ce qui concerne les motifs représentés, il faudrait sans doute essayer de recomposer une partie du puzzle pour tenter de déterminer le type de sujets. La présence de lettres, d’un oeil de grande dimension, d’une étoile et de motifs circulaires, atteste que des figures, des inscriptions et des motifs décoratifs constituaient une partie du décor, répondant sans doute à un programme iconographique précis.

L’examen des fragments laisse entrevoir, comme sur les blocs, la présence de plusieurs couches de polychromies, témoignages de rénovations et de changements visuels importants, difficiles à évaluer en l’état de la question.

De récentes études effectuées sur des corpus d’oeuvres françaises révèlent que la plupart des édifices de l’époque romane avaient une décoration peinte,
qu’elle soit exclusivement ornementale ou figurée.

Si l’on connaît beaucoup mieux les grands exemples ornementaux, l’analyse approfondie d’inventaires d’images plus modestes révèle que, même dans le cas d’édifices moins prestigieux, le décor peint pouvait avoir une certaine ampleur et qu’il contribuait à former des identités où les commanditaires, seigneurs ecclésiastiques ou temporels, aimaient à se faire représenter.
Le programme sculpté de l’église de Grandson s’inscrit aussi certainement dans cette logique.