Les Maîtres sculpteurs

Quatre tours de main pour un programme concerté

L’analyse rapprochée des oeuvres, effectuée sur les échafaudages, a permis d’observer l’emploi de plusieurs techniques et styles et de former des groupes plus ou moins cohérents.

Quatre sculpteurs au moins ont été répertoriés.

Trois d’entre eux semblent avoir produit au moins deux chapiteaux
le quatrième, l’auteur du chapiteau central de la Vierge à l’Enfant, trois chapiteaux, voire quatre, si on lui attribue le chapiteau de la quatrième travée. C’est aussi celui qui a effectué les figures les plus élaborées, peut-être avait-il une place importante dans l’organisation du chantier.

D’après nos observations, trois sculpteurs ont travaillé aussi bien des éléments végétaux que des figures, attestant pour chacun un niveau de virtuosité plus ou moins comparable.
L’étude révèle aussi que les sculpteurs ont travaillé dans l’église par secteurs, leurs oeuvres se suivent topographiquement, à l’exception d’un des chapiteaux.

Un élément étonnant a pu être mis en évidence.
Malgré des différences notoires de style on peut remarquer des récurrences évidentes dans la manière de représenter certains éléments, quelques traits du visage, les yeux par exemple (chapiteau du tireur d’épine et des monstres, ou chapiteau des lions) ou de dessiner les plis des vêtements (tireur d’épine et chapiteau des monstres), même si, de toute évidence, ce n’est pas le même sculpteur qui a travaillé.
La façon de mettre en scène les images et de structurer la corbeille avec des éléments centraux au milieu de chaque face, les effets de symétrie, les épannelages des corbeilles qui montrent des différences certes, mais de nature infimes, laissent penser que les tailleurs de pierre ont pu réaliser leurs œuvres d’après des modèles.
Quelques détails accentuent encore cette hypothèse, notamment la façon particulière de sculpter les pieds des personnages, très petits, en forme de pointes, ou encore l’exemple du dessin des plumes et des écailles qui offre de grandes parentés.
Ces similitudes observées dans le dessin, mais non dans la précision de l’exécution, trouveraient une explication dans la présence de modèles auxquels des tailleurs de pierre à la personnalité différente auraient pu se référer.

La cohérence du programme iconographique, qui a été pensé non seulement en termes de liens entre les chapiteaux, mais aussi en incluant la conception d’un véritable cheminement dans l’édifice, avec une réflexion de l’insertion des oeuvres dans l’espace sacré, vient appuyer la proposition d’un programme minutieusement élaboré et concerté.