Le programme iconographique

Dix chapiteaux sculptés

Chapiteau de la Vierge, face nord, détail
Chapiteau de la Vierge, face nord, détail

Le programme iconographique des dix chapiteaux historiés de la partie centrale de la nef se lit d'ouest en est : à la progression depuis l'entrée vers le choeur correspond une progression vers le divin, en lutte contre les forces du Mal. Les chapiteaux sont placés sur des colonnes d'origine romaine et ont probablement été réalisés aux environs de 1125, par au moins quatre sculpteurs différents, mais appartenant tous à un même atelier.

Les chapiteaux représentant personnages et animaux alternent, tout au long de la nef, avec des chapiteaux végétaux décorés de fleurs et feuilles d'acanthe

Certains des chapiteaux sur lesquels reposent les arcatures aveugles des bas-côtés sont également sculptés.

Le parcours initiatique

Le premier chapiteau côté sud représente des êtres souffrant de diverses afflictions. Le personnage au centre retire une épine de son pied.

Le deuxième chapiteau, côté nord fait sans doute allusion aux supplices infernaux. Au centre des faces, un personnage tente d'ouvrir les gueules des monstres qui retiennent leurs prisonniers par les pieds. 
 
Le deuxième chapiteau, côté sud montre des anges qui luttent contre un dragon. Le personnage au bouclier représente sans doute saint Michel.
Face ouest du même chapiteau: l'ange semble inviter les visiteurs à entrer dans l'église, une fois le combat terminé.
 
Le troisième chapiteau, côté nord, celui de la Vierge à l'enfant, représente également deux ecclésiastiques et un ange à six ailes. La restauration a permis de retrouver les vestiges d'une riche polychromie médiévale.
Face est du même chapiteau, avec l'inscription "Saint Hughes priez pour nous". Il s'agit probablement de Saint Hughes de Semur, abbé de Cluny, dont la Vita évoque une vision qui pourrait être à l'origine du programme iconographique de l'ensemble de l'église à l'époque romane.
 
Le quatrième chapiteau côté sud figure quatre lions qui semblent veiller sur la porte conduisant au cloître, située à proximité.

Le cinquième chapiteau côté nord représente une autre figure récurrente de la sculpture romane : des aigles symbolisant le Christ, situés à proximité du choeur.

Analyse

L'analyse montre la grande cohérence du programme, même s’il demeure relativement simple en regard d'autres grands ensembles conservés.

Centré sur le chapiteau de la Vierge, se référant peut-être à la vision de saint Hugues de Cluny, il détermine un espace cohérent dans la nef et suit une logique de lecture d’ouest en est dans laquelle on peut inclure les fragments retrouvés de l’ancien tympan du portail. Malgré des remaniements attestés, notamment pour les chapiteaux entaillés du revers de la façade ouest, travaux malheureusement mal identifiés, et que l’on ne peut dater avec précision, on peut proposer maintenant l’hypothèse que les chapiteaux, s’ils ont fait l’objet d’un démontage et remontage, l’ont été dans l’ordre de la lecture prévue à l’origine.

Quelques curieuses irrégularités constatées au niveau des astragales (double astragale pour le chapiteau des lions et absence de ce motif pour le chapiteau de saint Michel) pourraient peut-être attester un chantier peu soigneux (ou trop rapide?), mais des traces de polychromie, conservées notamment sur le chapiteau des anges combattants, prouvent qu’avant l’adoption de la Réforme, et probablement bien antérieurement, cet objet se trouvait déjà dans cette situation-là.

Il faut encore préciser que la compréhension de l’iconographie est sans doute réduite par la disparition d’éléments faisant partie de l’aménagement de l’espace original.
Le décor monumental s’accompagne très souvent d’un décor peint qui, même s’il n’est pas toujours très développé dans les parties occidentales de l’église, marque des limites, ou présente des scènes figurées qui illustrent la liturgie se déroulant dans des lieux spécifiques.
La nef de Grandson était sans doute structurée à l’époque romane par des éléments de décors (peintures, mobiliers) ou des constructions (jubé?) qui n’ont pas laissé de traces ou alors si infimes qu’il est impossible de les interpréter. Les décors peints les plus anciens remontent à l’époque gothique.