Serrures

Histoire de la collection

La genèse de la collection de serrures s’inscrit dans la problématique de la restauration du bâtiment.
Comme les volets et presque toutes les portes, les éléments d’origine avaient disparu de longue date, pour être remplacés par des succédanés fonctionnels. En leur qualité même de modèles pour les futures reconstitutions, les serrures importées au château, répondant souvent au qualificatif laconique de "anciennes", ne sont pas systématiquement inventoriées.
Deux pièces dites médiévales sont achetées dans ce but en 1897. Elles n'ont probablement pas été employées.
On est tenté de les associer à deux serrures du XVe siècle de provenance inconnue. Mais, une certaine prudence s’impose, eu égard à l’évolution des critères de datation depuis le début du XXe siècle.
Le même cas de figure se présente pour deux serrures dites "bernoises et sans grande valeur mais utilisables", offertes en 1898 par Jules Capré.
Ou pour deux spécimens de Moudon acquis en 1908, estimés, sous réserve, de la fin du XVIe siècle.

L'état de la collection, avec ses nombreux exemplaires orphelins du XVIe et du XVIIe siècle, affiche un bilan des pertes raisonnable, comparé aux mentions d’archives, mais les tentatives de récolement n'ont guère été couronnées de succès.

Une série échappée à l'anonymat

Serrure de coffre, XVe, début XVIe, achat d'Alexandre Travostino, 1899. Long 26 cm
Serrure de coffre, XVe, début XVIe, achat d'Alexandre Travostino, 1899. Long 26 cm

En 1899, la collection s'enrichit de trente-deux pièces dites du Valais et de Vaud et datées, à l'époque, du XVIIe siècle.

Elles sont livrées par Alexandre Travostino, sculpteur sur bois établi à Montreux, réparateur de meubles anciens et menuisier au château.
Il restaure dès 1898 les stalles de la cathédrale de Lausanne meublant la chapelle de Chillon, puis en 1900, confectionne la première copie en fac-similé des coffres médiévaux de Valère.

Deux serrures du lot seront reposées ultérieurement.
L'une reste visible depuis 1902 dans une des anciennes écuries.
Les autres, classées, sont repérables aujourd'hui par leur numéro.

Seuls deux objets sont portés disparus, égarés peut-être parmi les pièces muettes.
L’un d’eux pourrait avoir été remployé, après 1908 selon les anciennes photographies, sur la porte nord de la salle du châtelain.

Originaux

Contrairement aux anciennes indications, l’ensemble n’est pas homogène et certaines pièces remontent à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle.
leur origine supposée reste plausible, notamment dans le cas du Valais. Ce critère a dû jouer en faveur de la transaction. Il entre dans le cadre géographique que s’est fixé Naef pour le choix des modèles.
La proximité des originaux et les relations fréquentes, supposées par Naef, entre Sion et Chillon, justifient le choix.
Les modèles valaisans ressemblent aux exemples repérés par Naef à Turin, au cours de son voyage d'étude dans le Piémont, en 1903. L'archéologue revient avec quatre serrures et targettes faites sur des originaux de la vallée d’Aoste. La parenté entre les deux types, valdotains et valaisans, ne fait plus de doute.

De cette récolte ne subsiste actuellement qu'une platine de loquet, soit une plaque en fer, ajourée de motifs géométriques. Par sa forme et son décor, elle s’apparente à une extrémité de penture de coffre dessinée dans le dictionnaire du mobilier de Viollet-le-Duc.
François Bertholet, serrurier du château, la reproduit aussitôt, apparemment en plusieurs exemplaires : deux sont conservés dans les collections, quelques uns sont posés au château.

Modèles et copies

Serrure de la porte d'entrée, Gottfried Lüthi. Vevey, 1914. Long. 31 cm
Serrure de la porte d'entrée, Gottfried Lüthi. Vevey, 1914. Long. 31 cm

Une des serrures du lot reçu en 1899, une plaque de serrure, va jouer son rôle de document pour la restauration, associé à une pièce valaisanne du XVe siècle Toutes deux renferment un décor en orbe-voie (découpe sur un fond plein), type abondamment copié au XIXe siècle, et sont agrémentées de motifs végétaux stylisés.
Elles serviront de modèle, en 1914, pour la serrure d’entrée du château, fabriquée dans l’atelier de Gottfried Lüthi.

On doit à Lüthi d’autres réalisations, entre 1914-1916, signées et parfois datées, visibles dans la salle des armoiries, le salon adjacent, la camera domini, ainsi qu’à l’étage inférieur du bâtiment du trésor.

Trois serrures à vertevelle, de Viège et Saillon, relevées en 1897, seront une source inépuisable d’inspiration :

  • l’une pour sa pendeloque à entrelacs et tête de serpent
  • l’autre pour la décoration de son palâtre
  • la dernière pour sa pendeloque à deux lobes
Serrure à vertevelle, Henri martin, serrurier, 1927. Serrure destinée à l'aula magna, inspirée du modèle de Viège. Long. 18 cm
Serrure à vertevelle, Henri martin, serrurier, 1927. Serrure destinée à l'aula magna, inspirée du modèle de Viège. Long. 18 cm

Les successeurs de Lüthi suivront cette voie, confectionnant autant de variations sur un thème connu, tantôt pattées aux quatre angles, tantôt encadrées d'encoches disposées en chevrons.

Ces pièces ne se trouvent évidemment pas, ou pas encore, dans les collections, sauf une due à Henri Martin en 1927-1928, similaire à celle façonnée par Lüthi pour le bâtiment du trésor.
Elle a été déposée, peut-être pour avoir présenté plus de fidélité au modèle médiéval par son entrée de clé à l'horizontale.

Les pièces in situ sont munies d’un trou de serrure vertical et d'un verrou disposé en haut.
En 1932, dans un registre beaucoup plus rustique, des ouvrages, dans la Domus clericorum, s’inspirent des ferrures de la poterne du XIIIe siècle du sous-sol S, copiée en fac-similé en 1903.