Saint-Georges

Description

Cette statue a été vendue au château de Chillon en 1895 par un particulier, A. Bussien fils, commissionnaire international des transports sur le lac Léman, au Bouveret (VS), qui lui-même l'avait achetée à un privé à Martigny. Elle représente saint Georges terrassant le dragon.

Réalisé en ronde-bosse, ce saint Georges de Chillon prend appui sur le ventre du dragon terrassé. Il se présente sous l'aspect d'un jeune chevalier imberbe, coiffé d’une chevelure bouclée tombant à hauteur de la nuque. Il porte une armure et un bouclier.
Compte tenu de la position pliée de son bras droit dont manque l'avant bras, il peut aussi avoir tenu une lance appuyée par terre.
Le revers et les côtés n’ont été que partiellement travaillés: les plaques de l’armure recouvrant les jambes, les bras ou le dos, sont dépourvues de décorations.
Ce caractère inachevé laisse supposer que la statue a été conçue pour être vue de face. Elle devait donc se trouver à l’intérieur d’une caisse de retable ou, peut-être, dans une niche en tant que figure isolée. Elle était aussi placée légèrement en hauteur, en raison de la position de la tête vers l’avant, du regard dirigé vers le bas et des épaules tombantes.
La statue a été recouverte de polychromie, aujourd’hui perceptible par minces fragments seulement, mais il n'est pas certain que ces couleurs étaient prévues à l'origine.

Outre l'avant-bras droit manquant, elle présente plusieurs cassures: le pouce de la main gauche, la braguette, le contour du bouclier, les pattes antérieures et la queue du dragon ont disparu.

La statue a été sculptée dans un seul bloc, y compris l'écu plus saillant.

Style et datation

Le héros est saisi dans le moment qui suit la victoire. Son visage fin et creusé affiche une absence, comme un instant suspendu entre l'action et la réflexion.
Le fin sourire, les paupières baissées témoignent du soulagement qui suit le combat.

L'armure dont il est revêtu est caractéristiques de celles apparues au XVe siècle.
Son décor de nervure, la ceinture et le plastron saillant cambre la silhouette, la rendant gracile en contraste avec le combat engagé.
La position des jambes dans une sorte de contraposto à l'antique ajoute à la grâce du personnage.

Rattacher l’œuvre de Chillon à un courant artistique ou à un atelier précis est un problème propre à nombre de statues en bois du Moyen-Âge.
Fabriquées en matériau relativement léger, elles ont été volontiers déplacées. Il est difficile d'en retrouver la localisation d’origine.
Cependant, plusieurs facteurs contribuent à déterminer la provenance de cette statue et à la dater de la fin du XVe siècle. En effet, en cette période de gothique finissant, le Nord de la Suisse est marqué par l’influence d’un courant artistique issu du Haut-Rhin, qui a eu pour centre principal la ville de Bâle. Aujourd’hui, il est difficile de se faire une idée précise de cette production, en raison des multiples destructions dûes à l’iconoclasme de la Réforme en 1529. Néanmoins, quelques témoignages nous sont parvenus, comme celui en tilleul représentant saint Laurent, attribué à Heinrich Isenhut vers 1480  ou encore la statue de saint Vincent , autre exemple de cette production de la fin du XVe siècle.

Les traits et l'expression du visage pourraient attestés de cette origine, ainsi que l'emploi de bois de tilleul caractéristique de la production bâloise ou haut-rhénane de la fin du XVe et du début XVIe siècle.