Histoire
Une nouvelle collection
De la période qui précède le projet, il ne reste rien ou presque du mobilier d'usage: tout a été déblayé.
Une botte de cocher, deux beaux coffres de noyer et une pompe à feu (actuellement visible dans la quatrième cour) restent les seuls témoins de cette époque délaissée du bâtiment.
Armes, meubles et objets des activités traditionnelles sont au menu de la collection, mais il est cependant spécifié: qu'il importe de ne pas perdre de vue un seul instant que le morceau le plus intéressant et d’une valeur incomparable de ce musée sera toujours le château lui-même.
Cinq classes d'objets à exposer sont définies pour éviter l'accumulation disparate:
- le mobilier naturel du château (à reconstituer)
- des costumes militaires et des armes
- des fragments d'architecture et de sculpture provenant de la restauration de monuments vaudois
- divers dons ou acquisitions
- des toiles peintes à fixer contre les parois, illustrant les principaux épisodes de Chillon et du Pays de Vaud, alternant avec des portraits des Savoie
L'ensemble est inspiré du Borgo medievale, construit en 1884 à Turin pour une exposition temporaire: un village, synthèse de la production architecturale piémontaise du XVe siècle, et son château avec ses intérieurs reconstitués à partir de copies d’éléments disséminés dans la région... qui aura tant de succès qu'elle sera conservée.
Cependant, l'affluent des dons et la naissance de l'idée d'un musée militaire vaudois, amène à ramener les futures collections à une définition stricte:
un "musée du mobilier, de l’armement et de la décoration naturelle du château de Chillon jusqu’à la fin de l’époque du Rococo vers 1780"
Albert Naef (1862-1936), premier archéologue cantonal vaudois et architecte du château de 1897 à 1934, revient d'un voyage en Piémont avec la conviction du bien fondé de la démarche menée au Borgo medievale de Turin.
Dons et acquisitions
La collection du futur musée bénéficie du soutien de l'Etat qui permettra l'achat de certaines pièces importantes:
- une croix processionnelle, chef-d'œuvre en émail limousin du début du XIIIe siècle, retrouvé dans les archives de Moudon
- une navette à encens, de la même origine, datée de la 2e moitié du XIIIe siècle
L'arrivée la plus spectaculaire de 1888 est sans conteste un poêle aux armes de Lutry, daté de 1602, fabriqué à l’origine pour la salle du Conseil de l’ancienne maison de ville de Lutry.
Les collections s'enrichissent aussi de quelques dons et encore des acquisitions de l'Association.
Celle-ci dispose d'une source de revenus promise à un avenir radieux: les entrées des visiteurs. En août 1895 on en compte 8080.
Dans les années 20, l'Association réunit quelques 200 objets et meubles destinés à garnir les salles.
Les fragments archéologiques
Considérés comme documents d’importance capitale pour l’intervention projetée et pour l’histoire du château, ils sont l’objet d’une attention toute particulière.
Dès 1895, la Commission technique de l'Association demande qu’ils soient munis d'étiquettes d'identification, numérotés et saisis dans un registre.
Les trouvailles sont réparties en deux collections répondant respectivement aux qualificatifs de musée lapidaire (fragments d’architecture, moulages et tuiles), et de musée des trouvailles (objets de toute nature).
Les éléments du musée lapidaire ont été transportés au dépôt de Lucens en 2000.
Pour ce qui concerne les trouvailles, longtemps déposés dans le "petit musée", sous les combles, elle proviennent en majorité de la fouille du fossé, dépotoir de la vie quotidienne des époques passées.
En 1991, cette collection rejoint les dépôts cantonaux à Lucens:
- un tiers des pièces concernant l'alimentation et la toilette
- un grand nombre de catelles
- des armes (pointes de flèche en majorité)
- des objets divers (clous, gonds, crochets, anneaux, chaînes), des monnaies, quelques fers à cheval et éperons
- des éléments liés à la construction
- de même que les moulages datant du XIXe
Une salle pour le musée
En 1924 c'est l'aula nova qui est désignée pour recevoir la collection. Datée de 1279, elle est reconstituée en 1925-26 s'enrichissant d'un immense plafond en berceau lambrissé et de murs décorés de damiers.
Le clou de la collection est constitué par la série d'armes du leg du Dr Marcel fin XIXe, Aunant en 1913 et Gibson en 1934.
Aujourd’hui, les collections paraissent hétéroclites. Cette caractéristique résulte du manque d’une politique d’acquisition et de l’absence de budgets strictement réservés aux achats.
La plupart des pièces proviennent d'antiquaires. Leur origine, avant leur entrée sur le marché, est rarement connue, sinon douteuse.
Leur catalogage a été diversement traité:
Les premières pièces ont été marquées au feu ou à la peinture. D'autres ont perdu étiquettes et notices.
Le premier catalogue couvre la période 1888-1911, complété dans les années 30 par le contenu des réserves. Les arrivages massifs des années 20 sont enregistrés sur des feuillets épars... si bien que le flou limite la possibilité du récolement.
Dans cette saga de la reconstitution, toutefois, la volonté des initiateurs du projet de laisser toute sa place au bâtiment plutôt qu'au musée sera respectée.



