La forteresse

Avec ses 100 m de long sur 50 m de large, Chillon est le plus grand château relevant du domaine savoyard. Il prend son assise sur un rocher oblong qui lui a imprimé sa forme si particulière.

La place forte primitive

Le château actuel s’est développé par adjonctions successives autour d’un donjon, la magna turris des textes médiévaux, soit la grande tour, érigé sans doute au XIe siècle en position centrale et dominante.

Il est protégé par une enceinte à peu près ovale, renforcée par un glacis qui recouvre le rocher au pied de la muraille pour en freiner l’escalade et empêcher la sape.

Par son agencement primitif, il fournit quelques indices sur la physionomie du site.

  • un canal de latrines est disposé au nord, donc vraisemblablement en direction d’une partie inhabitée du rocher
  • sa porte principale s’ouvre au sud, orientée vers de probables dépendances, en bois peut-être, établies dans le secteur de l’entrée actuelle.
  • adjointes au donjon, un peu plus au nord, une chapelle en maçonnerie, connue aujourd’hui par sa seule crypte, est installée de plus ou moins longue date, à l’usage du seigneur et des habitants du bourg
    etau XIIe siècle, un peu plus au nord, la tour d’Allinges (X) à fonction résidentielle

Dès lors la répartition géographique du site est fixée et c’est dans la zone occupée par ce premier ensemble seigneurial que viendront s’ancrer les corps de bâtiments réservés à la dynastie des Savoie.

Le château fort du XIIIe siècle

Vue générale du château
Vue générale du château prise du Bois de Chillon

L’aspect de la forteresse, mentionnée en 1150, est ainsi esquissé. Si cet enchaînement chronologique est assuré, les datations propres à chacun des éléments accusent, en revanche, un certain flottement, dû à l’ancienneté des fouilles.
Certains auteurs tendent à resserrer le scénario entre la fin du XIe et la première moitié du XIIe siècle, d’autres envisagent un plus grand étalement dans le temps.

Une enceinte avancée est établie au cours de la seconde moitié du XIIe siècle en contrebas de la première, à l’endroit où le glacis change de pente
l’extrémité sud du rocher et la zone ouest ne sont pas restés vierges de toute construction.
Albert Naef, auteur des fouilles, a formulé à cet égard des hypothèses qu’il n’y a pas lieu de discuter ici.
En grande partie remblayés, ces antécédents archéologiques n’apparaissent que sous forme de rares vestiges qui n’ont pas fait l’objet d’une relecture critique récente.
Ils ont par ailleurs été englobés ou ont cédé la place à de nouveaux bâtiments, comme la tour de garde (B) du milieu du XIIIe siècle, aujourd’hui méconnaissable, et les grands corps de logis (Q et U) édifiés à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle du côté lac.

Autour du noyau septentrional primitif, viennent se greffer

  • la chapelle (Y) à la fin du XIIe siècle
  • les trois tours semi-circulaires flanquant la seconde enceinte vers 1230 (C, Z1 et Z)
  • la domus clericorum (G)
  • le bâtiment du trésor (K) dans la seconde moitié du XIIIe siècle

Le château atteint, dans son emprise au sol et ses dispositions générales, son développement quasi complet à la fin du XIIIe siècle, même si de nouveaux bâtiments prendront encore place par la suite:

  • un corps de logis (W) adossé à la tour d’Allinges au XIVe siècle
  • le bâtiment de l’entrée (A)
  • le doublement de la tour de garde (B) à la fin du XVe siècle.

En élévation, il n’acquiert sa silhouette définitive qu’au XVe siècle, en raison de surélévations et de renforcements successifs apportés aux structures défensives.

Les remaniements

Les remaniements opérés aux époques bernoise et cantonale, en grande partie
gommés au XXe siècle, n’ont guère laissé de traces, hormis

  • des écuries du XVIe siècle dans la cour d’entrée (N-N1)
  • une cage d’escalier (O)
  • des travaux d’embellissement intérieurs, commandés par le bailli HansWilhelm vonMülinen, employé alors à faire réparer le secteur méridional du château, endommagé par le tremblement de terre de 1584

Le système défensif porte en revanche encore clairement les marques de son adaptation à l’usage des armes à feu.

Les enceintes, les tours et les murs à franchir pour accéder à la cour d’honneur montrent de nombreuses meurtrières en trou de serrure, ménagées au XVe et surtout au XVIe siècle, mais encore plus tardivement, dans d’anciennes structures, telles que créneaux, fenêtres médiévales ou archères, alternant avec des petites baies rectangulaires servant pour le guet.