Préparer la visite
Les archives dans la didactique de l’histoire : une relation à apprivoiser
Curieusement, l’enseignement de l’histoire ne passe pas nécessairement par le recours aux dépôts d’archives. Dès le début des années 1950, des services éducatifs ont été créés progressivement dans l’ensemble des dépôts d’archives de France. En Suisse, rien de tel ! Il a fallu attendre les années 1980 pour que la didactique émerge et se penche sur les élèves au travail, seuls ou en groupe, confrontés aux questions de leur formation. Le recours aux documents d’archives originaux ou reproduits a nourri la réflexion. Selon l’expression de Marc Bloch dans son Apologie pour l’Histoire et Métier d’historien de 1941, l’histoire est « science des hommes dans le temps », davantage que « science du passé ». Elle n’est pas pour autant une science exacte, malgré ses méthodes scientifiques. La vérité historique est le plus souvent partielle et évolutive, dépendante qu’elle est des sources d’in-formations.
Le plan d’études vaudois d’août 2006 de l’histoire dans le canton de Vaud s’emploie autant à transmettre les rudiments d’une culture historique qu’à forger des compétences critiques et des jugements autonomes chez les élèves. La place des documents d’archives devrait être importante dans le cadre de ce dispositif. Et pourtant, il n’existe pas à ce jour de structure établie dans l’accueil des classes par les dépôts d’archives. Il faut en réalité la construire, agir sur demande des enseignants et constituer, en fonction des ressources humaines et financières, des outils et des dossiers pédagogiques. Trois paramètres sont la clé de la réussite du projet :
- une saine collaboration entre l’archiviste et l’enseignant ;
- une relation raisonnée et raisonnable de l’exploitation des documents d’archives avec la matière enseignée ;
- le souci de garder aux documents leurs attraits, sans minimiser les handicaps de leur interprétation et leurs limites dans l’acquisition des connaissances historiques.
Consacré aux Archives cantonales vaudoises, le présent dossier pédagogique pose des questions fondamentales et vives sur le sens de la mémoire, du patrimoine, le soubassement écrit de l’histoire cantonale. Le propos – faire comprendre plutôt que faire connaître l’histoire – intègre l’expérience personnelle à des phénomènes historiques, lie l’identité personnelle à l’identité villageoise, cantonale ou nationale. La démarche est fondée sur des savoirs ouverts et sur une pédagogie des questionnements. Aborder un dépôt d’ar-chives, c’est porter un regard sur sa dimension patrimoniale, sa dimension civique. C’est, en d’autres termes, développer une approche citoyenne et critique. Les Archives ne seront toujours que le reflet de la société dans laquelle elles évoluent, au service de cette société, mais, selon les périodes et les lieux, également victimes de ses dérives centralisatrices et autocratiques. En ce sens, ce dossier s’inscrit davantage dans une démarche investigatrice que dans celle des antiquaires de montrer d’anciens et de beaux documents d’archives.
L’ampleur de la tâche a nécessité de partager la matière entre le présent fascicule et le site des ACV qui reprend l’entier du contenu de la publication, en lui ajoutant les diverses consignes liées à chaque activité. Le choix opéré permettra, au fil des expériences et des besoins, d’enrichir le site de nouvelles activités, d’en préciser ou d’en prolonger d’autres, tant les demandes peuvent être diversifiées et changeantes.
