Statistiques de demain

Quels publics et quels moyens pour les statistiques de demain?

Par Gilbert Coutaz, directeur des Archives cantonales vaudoises

(Extrait de : "Les Archives et leurs utilisateurs", séminaire donné par les Archives cantonales vaudoises, le 24 septembre 2005, dans le cadre du Cours d'introduction de l'Association des archivistes suisses)

 Le développement de la consultation se fait donc de manière non linéaire, mise à part la tendance générale qui est à la hausse comme elle apparaît ailleurs en Suisse. Il convient en outre d’associer d’autres indicateurs, comme le nombre de visites guidées et l’utilisation de la salle de conférences. Il en résulte que l’ensemble des indicateurs, au nombre desquels il importe de mentionner également la quantité de visites dans les services de l’administration et de l’Ordre judiciaire, convergent vers un accroissement des tâches et des exigences au sein de l’institution. Au niveau du public, l’institution d’archives publiques fait indubitablement face à un phénomène de masse, lequel entraîne la consultation répétitive de certains types de documents. L’accès aux archives n’est plus le fait d’individus isolés ou identifiés comme des historiens ou des érudits, mais de groupes de personnes ayant un bagage intellectuel, des motivations et des buts de recherche très divers: retraités, particuliers, universitaires, architectes, avocats, etc. L’accroissement et l’évolution des publics constituent d’ailleurs le phénomène que toutes les études sur les usagers démontrent. L’ensemble des groupes composant ce public se profilent de manière identique. Ils supposent tous que l’archiviste ira au-devant de leurs attentes spécifiques. Quant à l’ouverture vers un public encore plus vaste, encore plus diversifié et encore moins initié, un sondage réalisé parmi les archivistes français en juillet-août 2003 concernant l’élargissement du public des archives plaide d’abord pour un recentrage sur les tâches essentielles des archivistes avant de vouloir diffuser à tout va des documents que les institutions n’auraient plus le temps d'inventorier ni même d'acquérir.

La variété des professions observées, la progression des non-universitaires, la diversification des lecteurs pour raisons professionnelles, comme la forte proportion des retraités, expliquent par leur absence de formation à la recherche qu’un temps d’accueil plus long soit nécessaire. En outre, souvent ce temps d’accueil n’est pas «amorti», ni par une longue consultation ultérieure ni par une production scientifique. Il faut remarquer que les publics attirés par l’aspect culturel se révèlent être pratiquement uniquement des consommateurs et que leur état d’esprit est identique à celui qu’ils adoptent dans un musée, par exemple. C’est la raison pour laquelle la question à se poser est non pas «Faut-il ouvrir les archives aux nouveaux publics?», mais plutôt «Dans quelle mesure faut-il le faire?». Autrement dit, quelle est la capacité de l’institution à accueillir ces nouveaux publics, étant entendu que les autorités n’augmenteront pas le personnel en cas de forte demande du grand public? Par ailleurs, les Archives ne sont pas en baisse de fréquentation…

Ce public, dont les différents groupes apparaissent de plus en plus de manière distincte, constitue pourtant une des raisons d’être des Archives. Sous la pression de ce «grand public», l’image des dépôts d’archives dans l’opinion se modifie et leur utilité tant juridique que sociale et culturelle commence à être perçue, car il en a davantage été fait usage. Enfin, enraison de la volonté de la transparence administrative affichée par les autorités politiques, les Archives cantonales vaudoises s’inscrivent de plus en plus dans des démarches citoyennes.

Aujourd’hui, les Archives cantonales vaudoises sont confrontées à la diversité des publics, des niveaux, des provenances et des disciplines. Elles doivent compter avec un public volatile aux exigences consuméristes, avec des thèmes de recherche pointilliste et généraliste et avec des attentes accrues de prestations. Il ne s’agit pas pour autant pour les Archives cantonales vaudoises de développer des politiques discriminatoires et inégales; tous les publics doivent être servis de la même façon, en veillant à répartir l’offre de manière appropriée et équilibrée. C’est à ces seules conditions que l’institution peut s’afficher ouverte à tous, sans volonté élitaire ni d’exclusive de recherche: le citoyen et le retraité font partie naturellement des publics des Archives cantonales vaudoises.

C’est ainsi que devraient s’afficher les institutions, à savoir faire en sorte de ne pas être cataloguées comme des tours d’ivoire réservées aux érudits locaux, mais au contraire comme des espaces de formation, des lieux que l’on peut fréquenter pour des raisons professionnelles même si l’on n’est pas historien voire dans le cadre d’une démarche citoyenne, et des espaces où l’on peut s’instruire dans le cadre de ses loisirs. Il s’agit, dans une certaine mesure, d’un choix politique de l’institution. De plus, les nouvelles techniques de diffusion de l’information offrent de nouveaux vecteurs de communication avec les publics.

La création d’outils statistiques et leur analyse favorisent le développement d’une politique d’accueil active. C’est pourquoi les Archives cantonales vaudoises ont passé en 2004 à l’enregistrement des lecteurs et des données de la consultation sur une base de données. L’extraction des statistiques désirées pour 2004 en a naturellement été facilitée. Pour l’heure, par contre, il n’est pas encore loisible d’opérer des recoupements sur plusieurs années. Si une telle analyse est matériellement possible aujourd’hui, elle demanderait trop de temps, en raison du comptage manuel complexe pour les années précédant l’informatisation. Mais elle deviendra réalisable à l’avenir, lorsque suffisamment de matériel couvrant plusieurs années aura été informatisé.