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Conjuguer «archiver»
Qui, quoi, comment, quand et pourquoi j’archive, nous archivons?
Quel sens je donne à ce verbe? Ranger? Mettre de côté? Sauver? Reléguer loin de ma vue?
Droit à l'information, droit à l'oubli
Le droit de savoir fait partie de ce que certains ont appelé la troisième génération des droits de l’homme. Il apparaît désormais comme une garantie des citoyens dans les sociétés démocratiques. Mais, parallèlement, le souci de préserver l’intimité des personnes a conduit à faire figurer le secret de la vie privée parmi les exceptions à la libre communicabilité des documents. La protection de la sphère privée fonde souvent des politiques d’élimination de documents.
D’autres contradictions ou coexistences difficiles surgissent dans les Archives; elles ne sont pas nécessairement résolues selon les situations. Ainsi, face au secret qui a été longtemps prédominant, la société a fait valoir les droits des citoyens et de la recherche historique. Selon les régimes politiques, les Archives sont des formes d’oppression et de chantage, quand elles conservent les résultats de la surveillance et du fichage de la population.
Tous les documents d’un dépôt d’archives ne sont pas immédiatement consultables : le droit de consulter des archives n’est pas synonyme de droit d’en publier des parts.
Et vous, comment réagissez-vous à cette présentation? Aurait-il fallu détruire les 900000 fiches de la Police fédérale suisse, découvertes en 1990 et aujourd’hui conservées aux Archives fédérales suisses? Fallait-il livrer au public en 1991 les archives de la Stasi (Staatssicherheit), soit celles réunies par les services secrets de la dictature de l’ancienne République démocratique allemande ? Etes-vous d’accord que des éléments de votre parcours scolaire soient un jour conservés par les ACV et soient communiqués à quiconque, après un délai de réserve de consultation?
Mémoire de l'instantané
Les archivistes suisses ont dénoncé en mars 2002 les risques de disparition de la mémoire collective engendrés par l’informatisation de tous les circuits d’élaboration, de gestion et de diffusion des informations. Leurs réflexions portent sur le devenir, à l’examen des obligations de l’archivage historique, de la production informatique dont les effets pervers et coûteux commencent seulement maintenant à être constatés. L’évolution des technologies est si rapide et souvent si brutale qu’il est impossible d’agir à l’ancienne, longtemps après la production des documents, pour assumer l’arrivée de ces informations dans un dépôt d’archives. Une information écrite est consignée sur un support dont le contenu peut être lu et compris le plus souvent sans difficultés. Par contre, une donnée informatique a besoin d’un intermédiaire matériel pour être exploitée. Les effets de l’informatique sont vérifiables partout et tous les jours. Et pourtant… l’informatique est pour l’heure un outil rétrograde du point de vue de la conservation pérenne des informations, alors qu’elle est louée pour ses vitesses de diffusion et d’échanges.
Et vous, pensez-vous que la société va vers un chaos documentaire et l’amnésie, tandis qu’elle n’a jamais disposé d’autant d’informations? Lorsque vous changez votre imprimante, constatez-vous des phénomènes d’incompatibilité matérielle ou de logiciels? Que faut-il en déduire?
